-Article de Michel-Edouard Leclerc paru sur son blog "de quoi je me M.E.L." du 15 Janvier 2009

http://www.michel-edouard-leclerc.com/blog/m.e.l/archives/2009/01/e_leclerc_en_corse_lan_i_de_la_baisse_des_prix.php

Il faut dire que les prophètes de malheur étaient légion : « Ce ne sont pas les prix qui vont exploser, ce sont tes magasins qui vont sauter ». En prévision de l'implantation de notre enseigne, un tract signé d'un quidam se revendiquant du FLNC (mais c'est à la portée de n'importe quel crétin !) dénonçait « l'exploitation des consommateurs corses par les grandes chaînes continentales ». Super message d'accueil, d'autant que des syndicats de transporteurs, réunis en novembre dans un camping à la sortie de Corte, appelaient à la mobilisation puisque nous avions commencé à mettre un peu de concurrence dans les appels d'offres.
Depuis le 2 janvier, il y a 9 E. Leclerc en Corse. Sans que personne ne puisse invoquer « une quelconque mainmise de ces capitalistes français de la grande distribution » sur l'appareil local. Car ce sont bien des patrons corses, des Acquaviva de l'Ile Rousse, des Padrona d'Ajaccio, des Rossi de Porto-Vecchio qui portent désormais notre enseigne.
Ce sont eux qui ont fait la démarche. Ils exploitaient déjà des super et hypermarchés sous l'enseigne « Système U ». Accusés comme toutes les autres enseignes implantées en Corse (Carrefour, Casino) de pratiquer des prix beaucoup trop élevés, ils se sont remis en cause.

Je les ai reçus à Paris au printemps dernier. Leur démarche m'a plu. Les bonshommes sont hauts en couleur, mais têtus, déterminés, dynamiques, et terriblement attachants. Nous leur avons dit les conditions, les exigences, et notamment les objectifs de prix. Au début, ils ont vraiment hésité. Mais ils ont rencontré les adhérents des centres E. Leclerc du continent, ceux avec qui ils seraient susceptibles de travailler. A la Lecasud, la coopérative d'approvisionnement qui coordonne aussi le développement des Centres E. Leclerc en région PACA, on leur a ouvert tous les livres et les comptes. Ils ont comparé avec les conditions de Système U, avec celles des E. Leclerc « de France », et bâti des scénarios d'exploitation. Nous les avons convaincus. Ils se sont convaincus !
La Corse, jusqu'en cette fin 2008, était chère pour deux raisons essentielles :
- Un facteur objectif : les conditions de livraison sont plus élevées du fait de l'insularité. L'état subventionne, détaxe, pratique une TVA plus faible sur certains produits. Mais les avantages ne couvrent pas forcément les surcoûts et la péréquation n'opère pas toujours sur les mêmes produits.
- Et puis, il y a la raison essentielle : il n'y a pas en Corse de véritable culture de concurrence. Cela est dû à la tradition, au poids d'une histoire économique construite autour de fortes personnalités, devenues notables, liées entre elles et forcément dépendantes ! On connaît le triangle « esprit clanique, notabilisation, comportement corporatiste ». Des dizaines de rapports ont été écrits, depuis 30 ans, pour expliquer et dénoncer les prix élevés de l'essence, des produits agricoles, des produits importés... L'absence de concurrence donc !
La grande distribution, malgré une certaine diversité des enseignes, ne faisait pas exception. Pensez donc. Casino, lanterne rouge du classement des prix en France, faisait figure ici de leader. Par rapport à un indice moyen de prix fixé à 100 sur le continent, les « Casino » et « Système U » se baladaient allègrement entre 110 et 113. Du pur délire. Et, contrairement aux dires du quidam planqué derrière le logo FLNC, on chercherait en vain une enseigne « Pure Corse » pour faire mieux !!!
L'arrivée de E. Leclerc a changé la donne. Par contrat, nos nouveaux affiliés se sont engagés à ne pas dépasser l'indice 98 (ce qui correspond à une baisse des prix de 5 à 12 % lors du changement d'enseigne). Du coup, ce fut la ruée dans les magasins. Cent pour cent d'augmentation de chiffre d'affaires les trois premiers jours. Certes, il y eut quelques problèmes informatiques à Ajaccio et beaucoup de problèmes d'approvisionnement du fait de la paralysie des transports routiers pour cause de neige dans les Bouches du Rhône. Des ruptures donc. Mais si le panier moyen n'a pas encore augmenté substantiellement, la fréquentation a doublé. Et la tendance, cette deuxième semaine, persiste.
Les coups bas ne sont pas venus directement des enseignes concurrentes. Du moins en apparence. C'est le journal local de France 3 qui a soulevé le tollé. Figurez-vous que la rédaction a voulu vérifier si E. Leclerc tenait ses promesses. Elle a mené une investigation approfondie...sur 8 articles. Oui, vous avez bien lu, 8 articles, dont le JT, sans autre argument, a publié le classement de prix. Premier, Casino, deuxième, Carrefour, troisième seulement, E. Leclerc. Même pas peur, les mecs ! Sur le site Internet de France 3, les commentaires vont bon train, amusés ou irrités (Antoinette2A : « Il faut croire que tous les medias de corse sont à la botte de Mr Capia et des Géants Casino...même chez casino depuis quelques mois les prix ne cessent de baisser, on se demande pourquoi ils ne l'ont pas fait plutot ? » - cnat : « il ne l'ont pas fais plus tot car ils avaient le monopole...avant ils faisaient ce qu'ils voulaient, maintenant ils sont obligés de s'aligner... »
Voir reportage: Aprés l'ouverture des "Leclerc" en Corse et commentaires sur le site http://corse.france3.fr/info/50204014-fr.php
Qu'importe ces petites guerres picrocholines. Un petit « Netto » a aussi ouvert en ce début janvier (il n'y avait pas encore de hard-discount en Corse). La bataille est lancée, les prix vont baisser en Corse...
Michel-Edouard Leclerc